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sans eau chaude, sans électricité, ni réseau, “l’accueil écologique, c’est aussi du social”

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Sur la table en bois, deux verres de bière vides. L’un est celui d’Emmanuel Crametz, éleveur d’ânes et créateur de la Cab’âne, une maisonnette en bois 100% écolo. L’autre est celui de Stéphane Saelens, qui vient d’ouvrir ses charriots, tipis et tente trappeur au public. En cette fin d’après-midi du mois d’août, après une saison atypique, les Nordistes partagent une mousse et quelques idées écolos compatibles pour leurs hébergements.
 

Emmanuel Crametz devant la Cab'âne, en référence à son autre métier : éleveur d'ânes

Emmanuel Crametz devant la Cab’âne, en référence à son autre métier : éleveur d’ânes

© Florence Morel / FTV

Stéphane Saelens a démissionné de son métier de comptable pour se lancer dans le tourisme insolite et écologique dans les Ardennes

Stéphane Saelens a démissionné de son métier de comptable pour se lancer dans le tourisme insolite et écologique dans les Ardennes

© Florence Morel / FTV

Un petit coin barbecue 100% nature, à côté de la Cab'âne, dans les Ardennes

Un petit coin barbecue 100% nature, à côté de la Cab’âne, dans les Ardennes

© Florence Morel / FTV

La tente trappeur a été conçue pour trois personnes, avec un plancher en bois, de quoi supporter la météo capricieuse

La tente trappeur a été conçue pour trois personnes, avec un plancher en bois, de quoi supporter la météo capricieuse

© Florence Morel / FTV

La Cab'âne est quasi exclusivement décorée avec du matériel de récupération, sauf pour les lampes à pétrole et les lampes solaires

La Cab’âne est quasi exclusivement décorée avec du matériel de récupération, sauf pour les lampes à pétrole et les lampes solaires

© Florence Morel / FTV

L'intérieur d'un charriot, ambiance western et grosse couette pour les nuits fraîches

L’intérieur d’un charriot, ambiance western et grosse couette pour les nuits fraîches

© Florence Morel / FTV

Autour du campement : des vaches et des ânes / Ardennes, août 2020

Autour du campement : des vaches et des ânes / Ardennes, août 2020

© Florence Morel / FTV

C'est sur la place de l'église fortifiée Saint-Martin, à Prez, que Stéphane donne rendez-vous à ses clients. L'occasion d'établir un premier contact

C’est sur la place de l’église fortifiée Saint-Martin, à Prez, que Stéphane donne rendez-vous à ses clients. L’occasion d’établir un premier contact

© Florence Morel / FTV

Décidément, 2020 ne ressemble à aucune autre saison. Pour Stéphane Saelens, elle est celle de son lancement dans une nouvelle aventure. Employé comme comptable pendant des années dans le Nord puis dans les Ardennes, il a démissionné en février dernier pour se lancer pleinement dans son projet, conséquence de quatre ans de préparation. Après des mois de confinement, sa proposition d’hébergements au plus près de la nature tombe à point. “Après la crise, cela attire : on n’a pas envie de partir loin et de se voir bloqué, mais après, est-ce que c’est que ça. Je n’ai pas de comparatif, note le Nordiste. Est-ce que c’est le retour à la nature, une envie de découvrir autre chose ?”

 


Deux changements de vie

Emmanuel Crametz a plus de recul. Cela fait déjà “une paire d’années” qu’il a mis la Cab’âne en location sur une célèbre plateforme en ligne. Éleveur d’ânes avant de se lancer dans l’hébergement écologique, Emmanuel Crametz organise des randonnées plus ou moins longues dans les Ardennes. “J’étais bluffé cette année du nombre de demandes que j’ai eues en bivouac, constate-t-il. Les gens recherchent ce retour à la nature, ce brut de pomme, ce brut de décoffrage.” Comme les randonnées, la Cab’âne a rencontré un succès inespéré. “D’habitude, les clients ne réservent que pour une nuit. C’est la première année que j’ai des réservations pour des séjours longs.”

Un accueil à leur image, simple et débrouillard. Les deux hébergeurs l’ont compris, mieux vaut prévenir les clients avant leur arrivée à la Cab’âne ou au tipi. C’est une des raisons qui ont poussé Stéphane à ne pas donner rendez-vous directement au campement mais devant l’église fortifiée de Prez, en face de sa maison. Moins de cinq minutes de marche les séparent, le temps de refaire le point sur le campement, l’absence d’électricité, d’eau chaude et de réseau cellulaire. “Cela permet de voir ce qu’il y a autour du campement et de faire le premier échange, justifie-t-il, et de répéter qu’il n’y a pas d’électricité, que de l’eau froide et des animaux autour. C’est le premier contact avec la personne. Le fait qu’elle n’arrive pas directement dans le campement, elle peut se l’imaginer encore un peu.” 

 

Je voulais un retour à la nature. Par principe, on ne vient pas dans les Ardennes pour les piscines et le luxe. Si on vient dans les Ardennes, c’est qu’on aime la nature. C’est une région assez boisée et vallonnée. Ce n’est pas une région très chaude. On ne vient pas pour faire bronzette.

Stéphane Saelens.

Sur le campement, un grand terrain entre deux troupeaux de vaches et d’ânes, invite à l’imaginaire. Stéphane a travaillé avec un entrepreneur jurassien pour les charriots (ne dîtes pas roulotte, il en a horreur), conçus sur mesure. “On est de retour à la “Petite maison dans la prairie”, la grande époque des trappeurs”, dit le fan de Lucky Luke, les yeux pétillants, chapeau de cow-boy sur la tête.

Un retour à la nature que revendique également Emmanuel, dans un tout autre style. C’est Gaïa, un berger portugais de deux ans aux poils ocre qui se charge de l’accueil. Au bord d’un étang et d’une rivière, les herbes sont volontairement laissées telles quelles. Les arbres alentours confèrent une intimité à la cabane, dans une ambiance bucolique. “Quand vous venez dans la Cab’âne, vous n’avez pas le même confort qu’à la maison, mais c’est aussi ce que les gens recherchent, tranche l’ancien pompier. Comme pour la douche : c’est un système solaire, donc même en été, s’il n’a pas fait beau, et bien l’eau est froide. Soit on s’y fait, soit on ne se lave pas.”

 

On se sert de la rivière pour refroidir les aliments : on n’aura peut-être pas la bouteille de rosé à la bonne température, mais il faut être un peu souple. C’est vrai qu’il y a des choses pas forcément évidentes. En hiver, quand il fait -10 et qu’il faut se lever en pleine nuit pour entretenir le poêle… il y a des choses qu’il faut expliquer.

Emmanuel Crametz, fondateur de la Cab’âne, dans les Ardennes.

 


Intérer l’humain dans la nature sans laisser de traces

Toilettes sèches, douches solaires ou froides, recyclage, matériaux de récupération dans la Cab’âne… tout est fait pour que l’être humain s’intègre au mieux dans son environnement en laissant un minimum de traces de son passage. “L’accueil écologique, c’est une compréhension mutuelles des attentes des uns et des autres. L’humain reste quand même au centre de tout ça”, décrit Emmanuel Crametz. Pour l’ancien pompier, qui a travaillé durant des années dans le secteur de Valenciennes, le tourisme est aussi un changement de vie qu’il a opéré il y a quelques années. Ne supportant plus les gardes de nuit et le manque de moyens dans le service public, il a quitté le Nord pour les Ardennes, où il se rendait en vacances dans la caravane de sa grand-mère. “L’accueil, c’est partager ce que j’aime. J’ai envie de partager mes convictions et mes valeurs. Les gens, quand ils viennent ici, ils cherchent un certain service, un certain bien-être dans la nature. Je suis ici pour les guider et faire en sorte qu’ils en profitent au maximum.”

Stéphane partage cette envie de satisfaire les clients. À ses yeux, un bon accueil, c’est partager ce qu’il apprécie. Grand lecteur de Lucky Luke, il a voulu reproduire un décor fidèle à la “Petite maison dans la prairie”. Tente trappeur, charriots et dans le tipi, les matelas sont directement posés sur des bottes de paille. “Cela veut dire qu’il peut y avoir des petits animaux de la campagne avec vous…”, s’amuse-t-il. Un séjour 100% nature à l’image de l’ancien comptable : “Bien accueillir, ce sont des clients satisfaits. Pour cela, je ne change pas ma façon d’être. J’essaie en fonction de répondre aux demandes des hôtes. Cela peut être un changement de logement parce que tout compte fait, on pensait qu’on aurait été mieux ailleurs, donner le charbon de bois quand les clients arrivent et qu’ils n’en avaient pas prévu pour leur barbecue. Des petites attentions. Quand c’est pour un anniversaire, je place un panneau “Wanted”, une petite carte sur le lit.”

Sur le perron de sa Cab’âne, Emmanuel se défend d’être un “Khmer vert”. D’ailleurs, il confie se poser beaucoup de questions, sans toujours y trouver de réponses. Faut-il des lampes solaires ? Ne consommer que du bio ? Du local, c’est sûr. Si lui a renoncé à sa carrière de sapeur-pompier, il sait que cette voie n’est pas évidente pour tout le monde. Son épouse, gérante d’une entreprise informatique, aimerait poursuivre la même voie, mais ne s’y résoudra pas avant de s’être assuré du bien-être de ses salariés. “L’accueil écologique, ce n’est pas seulement utiliser du vinaigre blanc bio, c’est aussi du social”, rappelle Emmanuel.

Du social qu’il tente de reproduire au quotidien, partageant allègrement toutes ses trouvailles écologiques. La dernière en date : une peinture 100% naturelle, venue tout droit du moulin d’Ecordal, à quelques kilomètres de là. Une solution pour repeindre intégralement sa Cab’âne sans produit chimique. “Je répands la nouvelle à tous mes clients. Si ça peut donner des idées…” Un lobbying prometteur. À l’issue de la crise sanitaire, une étude en ligne montrait que 65% des Français prévoyaient de séjourner dans des éco-hébergements en 2020. 



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