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Pass sanitaire ou pas ? Le casse-tête des restaurateurs qui accueillent des chauffeurs routiers



Lundi 9 août, le pass sanitaire est obligatoire pour quiconque qui souhaite manger au restaurant, terrasse comprise. Seuls les routiers échappent à la règle dans les établissements de restauration qui leur sont dédiés. Oui mais lesquels ? Le flou règne.

Nous l’appellerons Frédéric. L’homme souhaite rester anonyme de peur d’être reconnu par son gérant et surtout par sa clientèle pas toujours très docile. Frédéric travaille depuis trois ans dans un grand restaurant routier de l’agglomération strasbourgeoise. 200 couverts uniquement dédiés aux chauffeurs routiers. Des chauffeurs qui « échappent » pour le moment au pass sanitaire. Frédéric, pour les servir, a dû, lui se faire vacciner.

« Ils auraient fait grève, voilà pourquoi »

Frédéric en a gros sur la patate. Pas parce que son restaurant propose purée-saucisse une fois par semaine mais parce que le pass sanitaire lui reste en travers de la gorge. Ou plus exactement l’absence de pass. « Nous avons reçu hier un mail de l’UMIH, Union des métiers de l’industrie et de l’hôtellerie nous stipulant que nous n’aurions pas à exercer de contrôle du pass sanitaire sur les routiers mais uniquement sur les autres clients. Moi, personnellement, ça me choque. Ils transitent partout, ils se retrouvent souvent dans les même lieux et eux n’ont pas besoin de pass … Moi, vous voyez, je les sers et j’ai dû me faire vacciner. Vous savez, je comprends bien pourquoi, je les connais, je les entends parler. S’ils avaient été soumis au pass, ils se seraient mis en grève et y aurait eu un bazar pas possible. C’est politique c’est tout. »

S’ils avaient été soumis au pass, ils se seraient mis en grève et y aurait eu un bazar pas possible. C’est politique c’est tout.

Frédéric, serveur dans un restaurant routier

Si l’absence de pass sanitaire arrange les affaires des établissements routiers, il leur pose quand même un sérieux casse-tête. « Moi je n’ose pas prononcer ce mot et d’ailleurs j’en ai même pas besoin. Avant même d’être entrés, ils me disent, tu vas quand même pas me demander mon pass sanitaire. Ils me montrent leur permis poids lourd et c’est réglé même si ce n’est pas parce qu’on a ce permis qu’on est chauffeur routier. » Du coup, n’importe qui ayant le permis poids lourd peut venir manger ici sans pass sanitaire.

 

« Deux poids, deux mesures »

Prenons l’A35 maintenant, direction Wittenheim et garons nous devant le restaurant Les Hirondelles. Ici, ce n’est pas à proprement un relais routier, mais l’établissement accueille depuis toujours les chauffeurs routiers qui peuvent aisément garer leur poids lourd un peu plus loin. Ici se côtoient routiers, ouvriers, retraités… Les Hirondelles est répertorié sur le site TruckFly de Michelin dédié aux chauffeurs routiers. Cela en fait-il pour autant un établissement exempté de pass sanitaire pour ces derniers ? C’est toute la question. Et la réponse est floue.

Le décret n°2021-1059 du 7 août 2021 (modifiant le décret n° 2021-699 du 1er juin 2021 prescrivant les mesures générales nécessaires à la gestion de la sortie de crise sanitaire) reste très vague, voyez vous-même.  « Les activités de restauration commerciale ou de débit de boissons, à l’exception de la restauration collective, de la vente à emporter de plats préparés et de la restauration professionnelle routière et ferroviaire . »  

Moi j’avoue que je ne comprends pas trop et pourtant je répète la même chose à longueur de journée : le pass sanitaire est obligatoire pour vous et non pas pour ce monsieur parce qu’il est routier.

Laurence Witt, restauratrice

Du coup à Wittenheim, les routiers n’ont pas besoin de montrer un pass sanitaire. C’est du moins comme ça que Laurence Witt, la gérante, l’a compris. « Non, on ne leur demande pas. On les connaît, ils viennent depuis longtemps, ce sont des habitués pour la plupart. » Les chauffeurs routiers représentent la majorité des couverts le soir. Le midi, ce sont des ouvriers, et eux doivent montrer patte blanche. « Moi j’avoue que je ne comprends pas trop et pourtant je répète la même chose à longueur de journée : le pass sanitaire est obligatoire pour vous et non pas pour ce monsieur parce qu’il est routier. C’est n’importe quoi. » 

D’autant que le soir, vous l’aurez compris, les routiers côtoient d’autres clients, dans la même salle. Peu certes mais quand même. « Ils représentent 80% de notre service du soir mais il y a aussi d’autres profils, eux je leur demande leur pass. »  Et si un chauffeur routier vient manger au restaurant par plaisir, une fois son travail terminé ? « Impossible de vérifier s’il bosse ou pas, le parking est un peu plus loin derrière … »

Un véritable cas de conscience pour Laurence qui a autre chose à faire que de vérifier sur le parking. Depuis trois mois, elle essaie comme elle peut de sauver son établissement d’un marasme certain. « Je ne suis pas partie en congés en août, d’habitude on ferme, pour rattraper la mauvaise année qu’on a eu. On a perdu 20 à 25 couverts par jour depuis notre réouverture le 1er juin (sur une capacité de 70 environ). C’était ça ou la faillite. On verra ce que ça donne, c’est déjà mieux que rien. »  A la soupe à la grimace, les restaurateurs préfèrent le pâté de tête. On les comprend. On les plaint aussi.





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