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Coronavirus : dans l’Aube, les professionnels du tourisme très impactés

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Bien évidemment, les professionnels du tourisme comprennent et valident la mise en place du confinement par l’État, mais l’angoisse quant à la survie de leurs commerces face à cette crise est également très présente chez beaucoup d’entre eux, notamment dans l’Aube. 

“Mars, avril, mai et juin sont de gros mois pour nous. Même si le confinement se termine le 11 mai, nous ne savons pas si nous pourrons réouvrir entièrement ou seulement en partie et si nous aurons des clients. Ces quatre mois habituellement lancent vraiment bien la saison et sont nécessaires, si on les passe entièrement sans clients, nous allons perdre les 3/4 de notre chiffre d’affaires annuel !”, se désole Yannick Fassaert, président de la Fédération des gîtes de France. 

Il faudra à chacun minimum cinq à six ans pour retrouver une balance permettant de rembourser sans s’endetter plus les sommes empruntées
– Yannick Fassaert, président de la fédération des gîtes de France

“Cinq à six ans pour retrouver une balance équilibrée”

“L’État a mis en place un fond de solidarité qui permet à certains établissements de recevoir 1.500 € dans des délais brefs ou d’emprunter des sommes plus conséquentes pour tenter de survivre à la crise provoquée par le covid-19. C’est vraiment une très bonne chose. Néanmoins, ces emprunts ne pourront pas être remboursés sur un an comme j’ai pu l’entendre. Le bilan de cette année sera forcément catastrophique, peu importe la taille de la structure, et il est très compliqué de se relancer en hôtellerie restauration après une année difficile. Il faudra donc à chacun minimum cinq à six ans pour retrouver une balance permettant de rembourser sans s’endetter, plus les sommes empruntées”, prévoit Yannick Fassaert,

“Par ailleurs, ce type d’aide financière ne s’adresse pas à tous les établissements, certains ne pourront accéder qu’au fond de solidarité qui ne peut aider que sur une durée limitée. Et d’autres n’ont pas les fonds propres minimums requis pour accéder à ces aides. Ce qui est dramatique, car si la situation se poursuit comme ça et que les Français les délaissent pendant les vacances lorsqu’ils seront à nouveau autorisés à voyager, les entreprises vont couler. Les petites comme les grandes structures ont des salariés avec des familles à nourrir. Il ne faudra pas que la solidarité s’arrête après le confinement et que les Français pensent aussi à ceux qui auront été fortement impactés par le virus !” 

 

Ces craintes, Marie-Christine Deroin-Thévenin, propriétaire du Domaine de la Creuse, à Moussey dans l’Aube, les partage. Elle qui s’est lancée dans les chambres d’hôte il y a quatre ans, avait enfin réussi, en 2019, à dégager des bénéfices de sa jeune entreprise. Aujourd’hui, elle a dû faire sa demande de fond de solidarité, car elle ne bénéficiait pas d’assez de fonds propre pour continuer à payer ses charges et ses deux employés.

 “J’ai fait ma demande le 3 avril 2020 et j’ai reçu l’argent le 8 avril, ça a été très rapide et il faut reconnaître au gouvernement son efficacité pour mettre en place ce type de solution pour aider les structures commerciales en ces temps particuliers. Cette aide me soulage et va pouvoir m’aider encore un mois à payer mes employés, mais il ne faudrait pas que la crise sanitaire dure plus longtemps. Après ça, je ne sais pas si je réussirai à régler mes charges. J’ai pu suspendre mes charges auprès de l’URSAFF, mais seulement les miennes, pas celles de mes employés qui me coûtent chaque mois 900 €”, explique-t-elle. 

“Le flou rend la situation d’autant plus stressante”

Car oui, même si certaines charges peuvent être suspendues de façon provisoire compte tenue du contexte, les autres restent importantes pour les structures touristiques. Impossible de ne pas payer les employés et certain d’entre eux ne peuvent pas être mis au chômage partiel. “Nous manquons d’informations sur les mois à venir, nous ne savons pas dans quelle mesure réorganiser notre calendrier. C’est le flou qui rend la situation d’autant plus stressante”, lâche Marie-Christine Deroin-Thévenin.

“Je travaille énormément avec des Britanniques, avec le Brexit, plus question d’espace Schengen. Or les frontières vont rester fermées six mois minimum en dehors de l’espace Schengen, je sais que je vais donc perdre le plus gros de mes clients habituels. J’espère pouvoir me rattraper avec une autre clientèle, mais encore faudrait-il que les gens soient autorisés à venir dans nos établissements une fois le confinement terminé. C’est très compliqué de se projeter ! “

Pour éviter d’angoisser, je m’occupe au domaine à l’entretien des jardins, des peintures, des choses que nous n’avons pas forcément le temps de faire en pleine saison. J’essaie de garder mon énergie pour ça en suivant attentivement les nouvelles mesures annoncées par le gouvernement. J’essaie malgré tout de rester positive.
– Marie-Christine Deroin-Thévenin, propriétaire du Domaine de la Creuse

 

 

Un flou de la part de l’Etat quant au traitement des établissements touristiques qui dérange certains propriétaires comme celle du Domaine de Vermoise à Saint-Maure dans l’Aube, Aude Gillier, perdue face à cette crise sanitaire. Contrairement à sa consœur, elle dispose d’un fond propre qu’elle réussit à alimenter avec ses fonds personnels, mais elle n’a pas droit à des aides financières. 

“D’après ma comptable, mon statut d’hôteliers sans restaurant fait que je ne suis pas légalement dans l’obligation de fermer mes locaux au public actuellement, mais en plein confinement, je ne vais pas avoir de clients et de toute façon, je refuserai de me mettre en danger. Je ne comprends pas pourquoi ma structure est jugée de la sorte légalement. La seule option qui s’offre à moi est celle du report de charges mais toutes ne peuvent pas l’être. Mon jardinier continue d’entretenir le domaine dont la plus-value est le magnifique parc qui l’entoure, il faut bien que je le paye. Mais avec aucune rentrée d’argent depuis mars, moment ou la saison commence chez nous, c’est difficile.”
 

Quel statut pour les domaines faisant beaucoup d’événementiel ?

Habituellement, au Domaine de Vermoise, la saison se déroule de mars à octobre. Principalement plébiscité par les clients pour les mariages, l’établissement a déjà dû décaler une dizaine de locations à cet effet. En général, les unions rapportent entre 3.000 et 5.000 €. “C’est l’apport principal de la saison et ce qui m’embête, c’est que je dois décaler les mariages sur les places que j’avais et qui auraient pu être occupées par d’autres couples, je perds vraiment beaucoup avec cette épidémie. Comme énormément d’autres entreprises du tourisme. D’autant qu’avec les mariages, nous sommes à la frontière entre le tourisme et l’événementiel. Or nous ne savons pas comment nous sommes considérés par l’Etat. Pourrons-nous rouvrir en mai, en juin, en juillet ? Dans tous les cas, la situation est extrêmement compliquée à gérer !”, conclut Aude Gillier. 

Un flou qui pourrait persister encore un moment dans l’attente d’une planification de déconfinement émanant du gouvernement.
 



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